Le droit aux vacances

Publié le par Arnaud DROUOT

Je plaide coupable, pendant les vacances je ne produit pas grand chose et vous propose beaucoup de copier/coller. Allez hop, un autre trouvé sur un libéblog

Les vacances, c'est un droit !

Conges_pays Les "vacances", c'est sympathique, mais c'est surtout très politique ! Et si, à l'heure du "travailler plus pour gagner plus", la gauche repensait le droit aux vacances ?

Les "Sans-vacances", c'est un de ces sujets "périphériques" du débat public, un "marronnier" journalistique qui revient tous les ans sans réelle réaction politique...Pourtant, consacrées par plusieurs textes législatifs, les vacances sont un DROIT pour tous.

Un droit bien malmené, si l'on en juge par le nombre anormal - et croissant - des "sans-vacances". Selon un sondage Ifop publié dans l'Humanité fin juillet, 42% des Français ne prendront pas de vacances cet été, soit une augmentation de 10% depuis 2005. Et l'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ) estime à trois millions le nombre d'enfants qui ne partent pas en vacances l'été chaque année en France.

La gauche doit repenser la question des vacances, des loisirs et du temps libre, car ces questions, profondément liées au bonheur et à l'émancipation des citoyens, font partie de sa carte d'identité politique, de son code génétique.

En 1936, après les grandes grèves et les accords de Matignon, le Front Populaire adopte de nombreuses mesures sociales dans ce sens : congés payés, 40 heures. Le nouveau sous-secrétaire d'État aux Sports et aux Loisirs Léo Lagrange instaure, entre autres, une réduction de 40% sur les billets de train pour les ouvriers et leurs familles, ainsi qu’un «billet populaire de congé annuel» offert à 600 000 personnes dès l’été 1936. Il s’agit de démocratiser les loisirs, activités jugées aussi indispensables à l’émancipation des citoyens que le travail. La droite et l'extrême droite caricaturent sur-le-champ cette innovation en la qualifiant de «ministère de la paresse» et en dénonçant l’«esprit de jouissance». Aujourd'hui, face à la droite "Yacht, Ray-Ban et Fouquet's", la gauche doit proposer un modèle de société où chacun a droit au bonheur des loisirs, et faire sienne la phrase de Léo Lagrange : «Nous voulons que l’ouvrier, le paysan et le chômeur trouvent dans le loisir la joie de vivre et le sens de leur dignité.»

L'équation est compliquée : les Français qui ne partent pas en vacances aujourd'hui sont grosso modo ceux de la classe moyenne paupérisée, qui ne bénéficient ni des aides associatives ou publiques (Secours Populaire, conseils généraux etc...) ni de comités d'entreprises (souvent à cause de statuts précaires : CDD, intérim, etc...), et dont les revenus ne leur permettent pourtant pas de partir en vacances. Les vacances en France sont trop liées au statut de chaque individu (travailleur, chômeur, précaire, etc.) alors qu'elles devraient être un droit pour tous.

Que peut proposer la gauche pour que chaque Français bénéficie d'un vrai droit aux vacances ?

1) Une "allocation vacances" de 200 euros, utilisable en centres de vacances, pour les 3 000 000 d'enfants privés de vacances chaque année. Mon camarade Régis Juanico a récemment déposé une proposition de loi à l'Assemblée Nationale, pour soutenir cette revendication ancienne des associations de loisirs, notamment la Jeunesse au Plein Air.

2) L'extension des chèques vacances à tous les salariés  (ce que vient de proposer la droite), mais aussi et surtout à tous les travailleurs précaires en CDD, intérim, etc.

3) La création d'un "chèque-transport vacances" pour les familles, sous condition de ressources. Ce "chèque transport vacances" pourrait être réservé au train, plutôt qu'à la voiture, pour ne pas financer indirectement la pollution et la flambée des prix du carburant.

4) Instaurer un nouveau "billet SNCF de congé annuel" avec une réduction de 75%, ouvert à tous (salariés, retraités, chômeurs).

5) Pour les jeunes : la gratuité de la carte 12-25 et d'un billet aller-retour par an. Et, pour développer la citoyenneté européenne, mettre enfin en place les voyages d'échanges qui permettront chaque année à chaque jeune français de 15 à 18 de partir dans un pays européens pendant 2 semaines et de recevoir un jeune Européen.

Enfin, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : le principal frein aux vacances, c'est la précarité, la stagnation des salaires et la baisse du pouvoir d'achat. Comme dans beaucoup de domaines : le manque de croissance, le chômage ont des conséquences sociales déplorables, même en terme de vacances.

Surtout, j'entends déjà les arguments budgétaires - qui sont pertinents : comment financer toutes ces mesures ?

A titre de comparaison, les 600 millions d'euros nécessaires à une nouvelle allocation vacances correspondent au seul bouclier fiscal pour les plus riches du paquet fiscal.

Le droit aux vacances est un choix politique : quelle vie voulons nous pour les enfants de France ? Chaque enseignant peut raconter le calvaire des enfants qui n'ont rien à raconter aux copains à l'école à la rentrée et l'importance des activités extra-scolaires sur la réussite scolaire et la sociabilité des enfants. Des enfants, des jeunes, qui supportent déjà la grisaille et les difficultés tout au long de l'année peuvent-ils apprendre à vivre en société, peuvent-ils s'ouvrir au monde, si on les prive de ce droit, de cette respiration indispensable que sont les vacances ?

Et vous, que proposeriez-vous pour donner à chacun un véritable droit aux vacances ?

Mehdi Ouraoui

Publié dans La rose (j'aime)

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