Ces élus qui dénigrent la politique.

Publié le par Arnaud DROUOT

J'ai depuis toujours un arrière gout de populisme quand j'entend les gens dézinguer les politiques, je vous laisse imaginer mon ressenti lorsque ces dénigrements sont fait par des élus du peuple.

A ce sujet, j'ai lu il y a peu un très bon article Rue89 Marseille qui, sous couvert de parler du bio à l'école, parle en réalité de l'importance de la politique et appel à une résistance face à cette dévalorisation du mot.


Ce qui se joue chaque midi dans l’assiette de nos enfants


Depuis quelques mois, un groupe de parents d’élèves marseillais réfléchit activement à une amélioration possible des repas servis dans les cantines scolaires. On sait qu’en 2004, ce sont les sociétés Avenance et Sodexho qui, pour une durée de sept ans, ont décroché ce vaste marché.

C’est donc en 2011 que la municipalité renouvellera les contrats :  l’année 2009 est donc propice à un large débat public sur les changements qui seraient souhaitables dans ce domaine. Pour l’instant, dans une double logique de rentabilité et d’hygiénisme, les repas des élèves marseillais sont essentiellement préparés à base de produits surgelés, issus de l’agriculture intensive, et dont la qualité gustative laisse souvent à désirer.

Nombreux sont les élèves, les parents, et plus globalement les citoyens qui, pour des raisons écologiques autant que gastronomiques, voudraient voir augmenter la proportion de produits frais, de produits locaux et de produits issus de l’agriculture biologique.

Discuter de la cité et de son organisation

Or plusieurs parents qui voulaient se réunir dans une école pour débattre de ces questions s’en sont vus interdire l’accès par les services municipaux sous le prétexte qu’une école ne devrait pas accueillir de « réunion politique ».

Ils ont du se rabattre sur un lieu privé, en l’occurrence un bar proche de la dite école.

Pour juger de cette affaire, il convient donc de définir ce qu’est –ou n’est pas– une réunion politique.

On peut comprendre qu’au nom de la neutralité, les locaux des services publics ne puissent servir à des meetings de propagande en faveur de tel ou tel parti. Par contre, il est effrayant de constater les connotations négatives que le mot « politique » a pris aujourd’hui, y compris, et très paradoxalement, sous la plume des élus du peuple.

La définition aristotélicienne de l’homme comme « animal politique » est connue. Animal politique, c'est-à-dire ayant besoin de vivre dans une cité organisée pour développer pleinement son humanité, et disposant de la raison et de la parole –le logos– pour discuter, justement, de la cité et de son organisation.

Se réunir dans l'école :  un droit garanti par la loi

D’une certaine façon, l’expression « réunion politique » relève presque du pléonasme, puisque se réunir nécessite de prendre des décisions communes :  modalités de la prise de parole, ordre du jour, objectifs du débat, possibilités d’une trace écrite, prise de décision éventuelle.

Les parents d’élèves, lorsqu’ils se réunissent dans une école pour dialoguer à son propos –et ce droit est en France garanti par la loi– font bien, dans le sens le plus noble du terme, de la « politique ».

Oui, parler de l’école est bien une activité politique. Dans un régime où le peuple est censé être le souverain, la question de l’éducation –de ses objectifs, de ses modalités, etc.– est bien évidemment centrale. Plutôt que de leur interdire l’accès aux écoles pour dialoguer sur ce qu’est et devrait être l’éducation nationale, y compris dans ses moments de restauration, on devrait au contraire les y encourager.

Notre démocratie s’étiole à force de dépolitisation des citoyens et, parallèlement, de surmédiatisation complaisante et « pipolisante » des dirigeants.

Quant à la question de la cantine, justement, il s’agit bien là encore d’un enjeu « politique » dans le sens le plus noble du terme. Santé publique, politiques agricoles et industrielles, éducation au goût, au plaisir et à la citoyenneté :  des problématiques essentielles se jouent chaque midi dans l’assiette de chaque élève.

Resister même modestement

Il nous faut donc résister à la fois à la dévalorisation du mot « politique » et à toutes les pressions actuelles visant à brider la parole publique. Résister :  toutes proportions gardées, ce terme m’invite à conseiller la lecture d’un excellent livre tout frais sorti des presses, et titré « Eloge de la réxistence » (éd. Aléas).

Vladimir Biaggi y publie les carnets d’Emile Biaggi, rédigés en captivité à partir de 1940 dans un camp de travail près de Munich, dans lesquels le prisonnier consigne les actes, glorieux ou plus humbles, qui permettent de demeurer un homme dans un système qui voudrait réduire l’individu au statut d’objet.

Il n’est évidemment pas question de comparer l’incomparable, et de mettre sur le même plan le système concentrationnaire et les entorses contemporaines à la liberté d’expression :  ce serait ridicule et, qui plus est, indigne. Simplement, l’essai philosophique préliminaire de Vladimir Biaggi ainsi que les textes griffonnés par son père Emile nous rappellent la nécessaire vigilance face à tout ce qui pourrait endormir notre esprit critique.

Dans l’introduction, Vladimir Biaggi indique que l’étymologie de « résister » renvoie au latin sistere qui signifie arrêter, ou s’arrêter. S’arrêter un moment pour réfléchir au sens et à la dignité du mot « politique » me paraît être un acte de résistance modeste, mais essentiel.

Publié dans La rose (j'aime)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article