Lipdub

Publié le par Arnaud DROUOT

Bon, le buzz sur le net en ce moment, c'est le lipdub des jeunes pop. Plutôt qu'un long discours, lisez plutôt cet article de télérama, je l'adore.


Le lipdub de l’UMP, vous l’avez bien regardé ???

Ne fuyez pas... Ayez le courage, vous aussi, de regarder ces ministres dans une grande souffrance. Nicolas Delesalle, journaliste à “Télérama”, a pris sur lui de visionner une fois encore cette décidément-atterrante-vidéo de l'UMP. A lire tout de suite : son analyse, son cri du cœur !

Il faudrait pincer la corde de l'ironie et déclamer hypocritement tout le bien que l'on pense de ce Lipdub rafraîchissant qui ose parler de politique autrement. Il faudrait, mais on n'en a pas la force.

Non point parce que le Lipdub est un procédé ringard et qu'il est ahurissant que des jeunes, fussent-ils encartés à l'UMP, y voient un vecteur de communication moderne. Les jeunes ont bien le droit d'être dépassés eux aussi. Non plus parce que le thème de la chanson choisie par cette jeunesse sarkozyste défonce une porte ouverte : on savait déjà depuis longtemps que la droite voulait changer le monde (moins de libertés publiques et plus de bouclier fiscal, mais on résume). Encore moins parce que des ministres de la République osent mouiller le polo et le chemisier : la gauche n'a pas le monopole de la gesticulation.


Non, on n'a pas la force d'en rire au second degré
parce que ce film est une sorte de Paranormal Activity de la politique et du Web. Un film d'horreur raté à petit budget qui est parvenu en quatre minutes à ridiculiser une formation politique pourtant rompue à la polémique médiatique.

S'il provoque le rire, c'est un rire de défense,
un rire bouclier. Qu'on soit de gauche ou de droite, on frissonne devant les sourires inquiétants de Laurent Wauquiez ou de Rama Yade, scouts faussement joyeux qui tanguent comme des bateaux fantômes dans la tempête. Ils savent qu'ils sont piégés, et on les sent impuissants, et on ne peut rien faire pour eux, et on se ronge les ongles parce que, UMP ou pas, ce sont des êtres humains en souffrance et que l'on se doit de s'entraider. Mais on ne peut rien, non, c'est trop tard, c'est comme dans le film Titanic, on voudrait aider Leonardo à monter sur la planche à côté de Kate Winslet, mais on ne peut rien, ils sont fichus.

Et puis on découvre Raffarin
et son menton trop volontaire, sa joie trop démonstrative de vieil oncle de fête de famille qui rejoue sa parodie de Johnny Hallyday (paix à son docteur) en faisant peur aux enfants : lui aussi fait mine de ne pas s'apercevoir du ridicule, mais on voit bien qu'il souffre, qu'on lui foute la paix, c'est tout ce qu'il désire.

David Douillet fait une apparition rapide. On a déjà la chair de poule quand il est invité chez Drucker, mais là, tous les pores de la peau forment de petites montagnes de crainte. Pas le temps de s'en remettre, c'est déjà le tour de Frédéric Lefebvre, qui prend de plus en plus des airs de Bernard Lavilliers de la politique, version trottoirs de Manille, avec rage rentrée et cheveux sortis. Dans le clip, il ne sait pas quoi faire de ses mains, alors il fait un cœur, oui, un cœur avec ses mains, ça semble mignon mais quelque chose ne va pas. Ce n'est peut-être pas un cœur, non, c'est un trou, un puits, un gouffre dans lequel il voudrait sauter.

Il y a encore Xavier Bertrand et Nadine Morano, qui marchent sous une haie de supporters. Eux aussi vont y passer. Le premier sait qu'il a l'air con, il est très en colère, il chante en colère, il a l'air d'un homme de main des Soprano à qui l'on vient de faire un sale coup. Quant à Nadine Moreno, elle choisit de célébrer le désastre en tombant dans une outrance de fin de banquet : elle se déhanche avec tant de force qu'on la croirait possédée par un démon. A cet instant du film, le spectateur normalement constitué se cache derrière ses coussins.

C'est le tour de Rachita Dati. Elle danse avec entrain comme si on venait de lui offrir des boucles d'oreilles. Son corps danse en rythme, mais la lueur de son œil est immobile. Elle se vengera peut-être un jour de ce traquenard, comme les autres victimes de ce clip. Valérie Pécresse, tout en blanc, qui agite ses bras pour dire au secours, Xavier Darcos qui dessine la terre dans le vide et hésite à se pendre avec sa cravate, Eric Besson, fataliste, obligé de porter sur l'épaule un t-shirt UMP, Patrick Devedjian, aussi à l'aise au milieu des jeunes qu'un ours polaire dans un aquarium.

Et puis, il y a Christine Lagarde. Elle se dandine comme un Playmobil dans l'instant le plus terrorisant de tout le film. On dirait un cadavre d'énarque qui hoquète sur Thriller. C'est dur d'avoir imposé ça à la meilleure ministre des Finances de la zone euro (selon le Financial Times).

Qui sont les responsables ?
Les jeunes populaires de l'UMP, qui, contrairement aux ministres, ne semblent pas se soucier du carnage. Deux possibilités : soit ils l'ont fait exprès et savent que ces images vont rester collées aux basques des ministres ad vitam aeternam ; auquel cas, ils ont volontairement tué « leurs pères ». Soit ils vivent de niaiserie et d'eau fraîche. On penche pour cette solution : ces militants débordant de bonnes intentions et de maladresse ressemblent à des héros du Truman Show élevés tous ensemble dans la même émission de télévision depuis leur naissance. Ils ne connaissent rien d'autre. Ils sont heureux. On va changer le monde. Ouais.

Le problème, c'est que en dehors de leur joie irrationnelle, ils ont l'air normaux. Et c'est peut-être pour ça que les ministres sont tombés dans le panneau. Difficile de les repérer dans la foule, ces jeunes ressemblent à n'importe quel Terrien. On peut parler avec eux, devenir leurs copains, et tout d'un coup, voilà, ils ont une idée : « Et si on faisait un lipdub sur Plamandon ? » La seule chose qui les distingue des autres, finalement, c'est peut-être cette insondable propension à ne douter de rien, à tout tenter. Oser faire conduire un 4x4 à un Gilbert Montagné souriant, c'est assumer par une métaphore ultime, une pirouette suicidaire, la non-direction artistique de cette horreur de film de quatre minutes qui fera sûrement frémir de sollicitude et d'empathie tous les ténors de la gauche. A moins que les MJS ne relèvent le gant ?

Publié dans La rose (j'aime)

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Guern de Bé 14/02/2010 10:43


Dommage que le ridicule ne tue plus...
Je trouve pas qu'ils ont l'air si normaux que ça...à moins que la bêtise affichée soit normale !