Lambesc : le gang des mamies

Publié le par Arnaud DROUOT

En cette période de canicule, je tiens à vous faire découvrir un article très rafraichissant de La Provence ... Vous voyez qu'il se passe plein de choses à Lambesc !

L'histoire du plaignant et des mamies qui prenaient le frais

À Lambesc, des personnes âgées entendues par les gendarmes parce qu'elles discutent

Les grand-mères, qui ont reçu de nombreux témoignages de soutien du village, ne comptent pas se faire dicter la loi et continueront à "squatter" le banc sous la fenêtre de leur plaignant.

Florent Gardin

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À Lambesc, "l'affaire des mamies" est sur toutes les lèvres, nourrit les conversations, déclenche des mêlées de rire et des éclats d'indignation. Gilberte, Josette, Liliane, Danielle et Yvonne totalisent 358 printemps à elles cinq.

De juin à septembre, les journées de ces "anciennes" s'organisent autour d'un banc selon un rituel immuable. "On prend place tous les jours à 18h45 après "Des chiffres et des lettres". À 19h50, on rentre pour souper et regarder "Plus belle la vie". Quand l'épisode est terminé, vers 20h45, on redescend. Et dès que le jacquemart sonne 22heures, c'est l'extinction des feux", détaille Liliane.

Un règlement tacite régit cette vénérable confrérie de la parlotte. Comme le banc ne compte que quatre places, celles qui arrivent les dernières sortent les chaises. L'ordre du jour est libre : "On discute de tout, on parle d'alouettes sans têtes, des souvenirs de jeunesse, de la famille, des naissances, des décès, de l'actualité du village,etc". En revanche, la politique est proscrite,"car on n'est pas toutes d'accord".

"Un jour, c'est vous qui serez vieux"

C'est autour de ce banc à l'ombre des platanes, lors d'une veillée à tant d'autres pareille, que s'est nouée, il y a dix jours, "l'affaire". Alors qu'elles refaisaient une énième fois le monde, "parce qu'il en a bien besoin", des gendarmes se sont présentés pour relever leurs identités et signifier qu'un riverain avait déposé une plainte à leur encontre pour nuisances sonores.

Entendues séparément vendredi dernier, les trois drôles de dames présentes sur "les lieux du crime" ce soir-là ont dû se justifier de leurs bavardages. Elles ne se sont pas démontées, même si, reconnaît Gilberte, "j'étais très contrariée et devant le gendarme, je ne suis même pas parvenue à épeler mon nom ni donner ma date de naissance".

Pour toutes les trois, cette convocation était une première, "comme quoi, il n'y a pas d'âge pour faire des folies", s'amuse Yvonne."On a tout de suite su qui avait fait ça, lâche l'une d'entre elles, il nous avait déjà menacé qu'il appellerait les gendarmes depuis sa fenêtre, mais c'est naturel de causer entre copines le soir", remarque Josette, "on ne demande quand même pas aux cigales d'arrêter de chanter".

D'après elles, leur accusateur est loin d'être un modèle de discrétion : "Il écoute du rap très fort et il ne ferme pas les fenêtresquand il prend du bon temps avec son amie, on n'a jamais rien dit, nous". Persuadées d'être dans leur bon droit, les contrevenantes ne craignent pas les dernières lois sur la récidive. Les effrontées se refusent à changer leurs habitudes et tous les soirs, elles défient les autorités en troublant sans vergogne l'ordre public de leurs conversations pagnolesques.

"Ça fait 130 ans qu'on est là, mes grands-parents y venaient déjà et mes parents après eux", raconte Liliane avant d'énumérer avec ses amies des dizaines de noms de parents, amis, voisins, morts ou vivants qui ont usé l'assise de ce banc de la discorde. "Maintenant c'est notre génération mais d'autres prendront la suite: ma petite-fille a 6 ans, je l'y emmène déjà et elle se régale", clame-t-elle. "On n'est pas près de partir".

Car la bande reçoit des témoignages de soutien de tout le village. Les passants les encouragent, les voitures klaxonnent. Un ami s'esclaffe : "Ce matin, chez le coiffeur, tout le monde en riait mais ça me met en colère car récemment, des poubelles et des voitures ont été brûlées et il n'y a pas eu autant d'histoire". "C'est la vie du village, ajoute une voisine, elles ont un vrai rôle social car elles font le lien entre les gens. Il ne faut pas perdre cette convivialité. Avant, des jeunes squattaient ici jusque tard dans la nuit et personne ne s'est jamais déplacé pour ça".

Cette histoire montre comment l'incompréhension, qui résulte d'une simple absence de dialogue, peut faire qu'une si petite souris accouche d'un tel éléphant. Et illustre les difficultés de générations qui en passent par la procédure pour régler leurs différends. Liliane regrette ce conflit mais "n'accepte pas que quelqu'un qui pourrait être (mon) petit-fils nous traite comme cela. N'oubliez pas qu'un jour, c'est vous qui serez vieux".

Le plaignant lui-même se dit embêté d'avoir dû en arriver là et le maire nous a confié sa volonté d'intervenir pour que cessent ces tensions qu'il déplore. De la même manière, c'est conscient de l'importance de la préservation du lien inter-générationnel que nous avons choisi de relater largement cette histoire dans nos colonnes. En espérant que ces dames viendront longtemps encore sur leur banc et pourquoi pas, de temps en temps, en compagnie de leur voisin.

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Le témoignage du plaignant

"Elles doivent se mettre à ma place"

"Au début je n'ai rien dit, j'ai répliqué en mettant de la musique (du rap). J'ai dû laisser tomber pour ne pas avoir des problèmes en ajoutant encore du bruit à mes voisins. Mais maintenant, j'ai des horaires de travail très chargés et j'ai beaucoup de trajets quotidiens. Je dois supporter du bruit toute la journée pour mon métier alors le soir, je suis fatigué et je n'aspire qu'à être au calme. Dans la rue, tout résonne, les gens qui passent klaxonnent pour les saluer, leur chien (un caniche) aboieet comme il fait chaud, les fenêtres restent ouvertes."

Les relations ont toujours été tendues entre le jeune homme, venu s'installer voilà trois ans sur leur territoire. "Elles ont tendance à vouloir imposer leur loi. Dès le début, j'ai été pris en grippe par l'une d'entre elles qui m'a remonté les bretelles à cause de mon radio-réveil et depuis, elles ne me disent plus bonjour et il n'a plus été possible de discuter.

Je suis toujours resté poli, j'ai évité de leur répondre et d'élever la voix. Je me suis finalement résolu à porter plainte pour avoir un "médiateur". Mais j'ai précisé aux gendarmes que je ne voulais pas qu'il y ait de sanctions pécuniaires, je ne voudrais pas qu'il y ait de représailles. Elles sont très bien implantées dans le quartier et comme ce sont des mamies, face à elles, j'ai forcément tort.

Ça n'est pas que je leur suis hostile, je respecte les personnes âgées. J'ai grandi dans une cité à Istres alors croyez-moi, la vie en communauté, je sais ce que c'est. J'aime beaucoup Lambesc et je ne regrette pas d'être venu m'installer ici. Je ne cherche vraiment pas les histoires, je veux juste qu'on me respecte."

Par Romain Cantenot

Publié dans La rose (j'aime)

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catherine Piat 04/08/2008 16:59

Mon vieux ami belge (de Liège) était au courant de l'affaire des mamies!!!!
je me demande si Sarko n'est pas dans le coup